Les plantes

Comment limiter la pression des ravageurs avec les associations de plantes ?

Peut-être avez-vous entendu parler de « plante compagne », « compagnonnage » ou « guilde ».

En fait, c’est toujours la même chose et le principe est simple : on plante des espèces différentes de plantes ensemble, les unes à côté des autres.

Pourquoi avoir recours aux associations de plantes ?

Car, ensemble elles poussent mieux ! Elles se protègent et se rendent de multiples services. Dans la nature, il est rare de trouver des espèces de plantes se développant seule. Toutes profitent de la présence de leurs compagnes. Ensemble, elles vont constituer un écosystème naturel qui va abriter une multitude d’organismes vivants. 

Par exemple dans les forêts plusieurs strates arborées sont retrouvées. On observe ainsi : en haut, la canopée des grands arbres, suivie en dessous par des arbustes plus petits, puis des petites plantes herbacées. Chaque espèce se complète, toutes se sont adaptées pour exploiter les ressources disponibles à leur niveau.

Les associations de plantes peuvent parfois être poussées à l’extrême. Certaines espèces ne peuvent tout simplement pas vivre sans les autres : c’est le cas de l’orobranche ou du gui qui agissent comme des parasites (ils « volent » la sève de leur plante hôte). 

Gui dans un arbre
Orobranche

Au jardin, les plantes poussent là où le jardinier décide. C’est lui qui choisit l’implantation de ses cultures, pour le meilleur ou pour le pire. Le temps et l’expérience ont démontré que l’implantation d’une monoculture (une seule culture sur une surface donnée) créait un déséquilibre dans l’environnement. Non seulement ces pratiques appauvrissent le sol, mais en plus elles favorisent l’émergence de ravageurs. En temps normal, ces derniers sont naturellement régulés, leurs capacités de nuisances sont donc nettement limitées.

Certaines associations de plantes ont été scientifiquement étudiées, d’autres sont le fruit d’observations de jardiniers attentifs. Ils ont ainsi pu constater les plantes faisant de bons mariages ou non. Dans tous les cas, ces pratiques de jardinage sont si efficaces qu’elles intéressent aussi bien les amateurs que les professionnels (qu’ils soient en culture biologique ou même en conventionnelle).

Leurs avantages sont nombreux : une plus grande résistance aux maladies et à la sécheresse, une meilleure croissance ou une meilleure préservation des ressources du sol.

Ici, faisons un petit tour d’horizon des associations de plantes qui éloignent les ravageurs du jardin.

Des fleurs pour les insectes

Saviez-vous que parmi toutes les espèces vivantes décrites par la communauté scientifique, la moitié sont des insectes ? On dénombre ainsi plus de 751 000 espèces d’insectes à travers le monde !

Ils sont présents partout, de l’équateur jusqu’aux régions froides (excepté les régions où il ne dégèle jamais). Ils vivent sur les plantes, à la surface du sol, dans des galeries souterraines et même dans les milieux aquatiques. Et ils mangent de tout ! Du bois, des végétaux, des excréments, des cadavres… Ils se mangent même entre eux.

Les insectes sont donc omniprésents, et leur importance dans les écosystèmes est fondamentale :

  • Ils pollinisent les plantes,
  • Ils recyclent la matière organique,
  • Ils sont une source de nourriture pour plein d’espèces d’animaux comme les oiseaux.

Ils rendent également de menus services à nos sociétés : ils nous offrent du miel, de la soie et même des colorants alimentaires !

Cependant, parmi les insectes, quelques-uns font des dégâts considérables dans nos champs et jardins.

Cette minorité concerne des animaux qui s’alimentent de cultures comme les carottes (ex : avec la mouche de la carotte), les choux (ex : avec l’altise des crucifères) ou les betteraves (ex : avec le taupin).

Altise

Bien souvent, ils sont naturellement régulés dans la nature. Mais dès qu’ils se retrouvent devant un beau champ de leur plante préférée, ils vont alors se régaler et se multiplier sans aucune gêne !

Pour limiter la pression exercée par ces ravageurs une des réponses est d’inviter tout un ensemble d’insectes prédateurs dans son jardin (appelés aussi « les auxiliaires ») en associant aux cultures des plantes à fleurs très mellifères.

Exemple du puceron

Des recherches se sont intéressées à ces pratiques de cultures. Ainsi, en 2013, des expériences menées aux USA ont même montré que l’utilisation de l’alysse odorant (Lobularia maritima) en inter rang de laitue permettait de diminuer les dégâts liés aux pucerons (1). Cette plante mellifère est en effet très appréciée des insectes, elle attire des prédateurs naturels !

Alysse odorant

Plus récemment, une association d’agriculteurs professionnels belges a démontré que la culture de betterave associée avec de la féverole « diminuait les populations de puceron de 30 % grâce à une présence accrue d’auxiliaires » (2)

Attirer les insectes dans son jardin

Pour faire venir une grande diversité d’insectes, il faut leur offrir ce qui les intéresse, à savoir : des abris pour se réfugier et de la nourriture sous forme de nectar et de pollen.

En effet, les auxiliaires ne sont pas des prédateurs à tous les stades de leur vie. Par exemple, les larves de la syrphe mangent les pucerons (ils peuvent dévorer entre 400 et 900 pucerons au cours de leur croissance !) quand l’adulte volant se nourrit essentiellement de nectar et de pollen.

Ainsi, en offrant le gîte (hôtel à insecte, haies et prairies fleuries, arbres et arbustes persistants) et le couvert (des fleurs du début du printemps jusqu’à la fin de l’automne pour le nectar et le pollen) dans nos jardins, les syrphes, cantharides, coccinelles, chrysopes, perce-oreilles ou autres hyménoptères parasitoïdes s’installeront durablement. Ils seront tous de précieux alliés du jardinier.

Syrphe
Chrysope

Au jardin, associez soucis, camomilles, gaillardes, coreopsis, bleuets, géranium et autres marguerites aux cultures. Non seulement les fleurs embelliront le potager, mais elles attireront une diversité nécessaire à l’équilibre écologique du jardin.

Des plantes répulsives

Exemple des œillets d’inde

Certaines plantes ont des effets répulsifs sur les ravageurs. Un des exemples les plus documentés est celui de l’œillet d’inde. Les œillets d’inde sont des plantes de la famille des Asteracées, comme les marguerites, ils sont originaires d’Amérique centrale.

En plus de leurs jolies couleurs, ces fleurs ont la particularité de produire des substances qui inhibent la croissance des nématodes présents dans le sol (Les nématodes ressemblent à de petits vers. Certaines espèces font pourrir les racines des plantes).

D’après une synthèse publiée dans la revue scientifique Applied Soil Ecology (3) ces substances seraient sécrétées en réponse à une tentative de pénétration du parasite dans les racines de la plante.

Cette plante peut rendre ainsi de menus services au jardin, elle est donc intéressante pour une association au potager !

Exemple des soucis

D’autres plantes éloignent les insectes par leurs odeurs. Par exemple, le souci a la réputation d’éloigner les parasites du chou quand l’aneth est un répulsif efficace contre le puceron noir.

Exemple des plantes de la famille des Alliacées

Mieux, certains végétaux ont la capacité de protéger les plantes sensibles aux maladies cryptogamiques (dues à des champignons pathogènes) c’est le cas de l’ail, de l’oignon, de la ciboulette, la cive ou le poireau qui ont une action fongifuge contre la cloque du pêcher, la pourriture grise du fraisier ou certaines rouilles. Ce sont également des insectifuges efficaces contre les pucerons, mouches et acariens (4).

Brouillons les pistes !

Les ravageurs repèrent généralement leurs plantes de prédilection grâce aux odeurs. Par exemple, les plantes de la famille des Brassicacées (la famille des choux) émettent une molécule, la sinigrine, qui est repérée par les insectes comme les piérides du chou ou les pucerons cendrés du chou (5).

Ces petits animaux possèdent des chimiorécepteurs particulièrement sensibles qui leur permettent de sentir leur nourriture à des kilomètres (les chimiorécepteurs sont des cellules nerveuses capables de détecter des substances chimiques et de relayer cette information vers leur système nerveux central).

En culture classique, les plantes sont ainsi très facilement repérables par les insectes. En revanche, en culture associée, les pistes sont brouillées. Non seulement les autres plantes sont des obstacles physiques, mais en plus elles peuvent émettre d’autres odeurs pouvant perturber l’odorat des insectes. Ils mettront ainsi plus de temps et d’énergie à trouver leur Graal.

Le céleri et la tomate éloignent ainsi les ravageurs du chou. C’est également le cas avec la menthe qui a la réputation d’avoir un effet répulsif important sur les terribles altises, un petit coléoptère également appelé « puce des jardins ». Cet insecte long de quelques millimètres peut faire de sérieux dégâts sur les choux, radis, navet et roquette (4).

De leur côté, l’oignon et le poireau éloignent la mouche de la carotte (6) quand les géraniums odorants repoussent les aleurodes.

Avez-vous déjà entendu parler des bénéfices de la tanaisie au potager ?

La tanaisie est réputée pour son action répulsive sur une large gamme d’insectes comme les mouches, punaises, fourmis, altises ou pucerons. Elle peut être semée entre les rangs de carottes par exemple.

Cette espèce de plante est du même genre botanique que le pyrèthre de Dalmatie. De cette espèce est originaire une famille de molécules insecticides couramment utilisée : les pyréthrines. Ces substances agissent sur les systèmes nerveux des organismes à sang froid. C’est pourquoi ils ont tendance à s’éloigner de ce genre de plante.

Pour aller plus loin

  • Pour mieux s’inspirer de la nature et mettre en place ses propres associations au jardin… ou au balcon
  • Pour comprendre la notion des rotations de culture et trouver des exemples d’alternance de plantes
  • Pour découvrir 3 mariages heureux de végétaux

Découvrez ce dossier cadeau : « Le secret des (bonnes) associations de plantes en permaculture ».

Bibliographie

Crédits Photos : © De https://www.shutterstock.com/fr/g/Unicus Unicus, raymond tercafs, Tomasz Klejdysz, Joel D. Pinaroc, Petrica75 / Shutterstock.com Dessin de Venitia Simonnot et Florence Schmitt

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